Une rivière qui a changé de route

La Truyère prend sa source dans la Margeride, en Lozère, et rejoint le Lot à Entraygues après environ 170 kilomètres. Elle n'a pas toujours suivi ce chemin. Il y a quelque sept millions d'années, elle coulait vers le nord-ouest et finissait dans l'Allier, donc dans la Loire. Les coulées de lave du volcan du Plomb du Cantal lui ont barré la route près de Saint-Flour : la rivière a bifurqué vers le sud-ouest et a entaillé le granit en profondeur. Les gorges sont nées de ce détour. Aujourd'hui encore, elles séparent deux mondes : le basalte du Cantal au nord, le granit de l'Aubrac au sud.

Une rivière aménagée

Une telle pente a attiré les ingénieurs dès le début du XX⁠e siècle. De l'amont vers l'aval se succèdent les barrages de Grandval, Lanau, Sarrans, La Barthe, Couesques et Cambeyrac, qui fournissent à eux tous environ 10 % de l'hydroélectricité française. Sarrans, mis en eau en 1934, est le plus imposant : 105 mètres de haut au-dessus du lit, et un lac de 35 kilomètres. Couesques, juste sous Valon, date de 1950 : une voûte de 70 mètres et une retenue de 12 kilomètres. Ces chantiers ont mobilisé des ouvriers venus de toute l'Europe, et au moins une cinquantaine y ont laissé la vie rien qu'à Sarrans.

Ce patrimoine se visite aujourd'hui le long de la Route de l'énergie, avec notamment le belvédère du barrage de Sarrans et la centrale de Montézic, creusée sous le plateau d'en face.

Des pentes restées sauvages

Malgré les barrages, les versants restent raides, boisés, souvent inaccessibles. La partie aveyronnaise des gorges est classée en zone Natura 2000 pour les oiseaux, sur plus de 16 000 hectares. On y croise le milan royal, l'escoufle qui a donné son nom au roman et à nos gîtes, mais aussi l'aigle botté, le circaète Jean-le-Blanc, la bondrée apivore, le faucon pèlerin et le grand-duc. De Valon, il arrive qu'on les voie planer à hauteur d'yeux, au-dessus du vide. Le printemps et le début de l'été sont les meilleurs moments. La loutre vit aussi dans la rivière, mais elle se montre beaucoup moins.

Où regarder

  • À Valon : la place du village, la terrasse du donjon (111 marches) et le belvédère de la route D97, juste sous le village, qui donne sur la retenue.
  • En face : les plateformes du Saut du Chien, d'où l'on voit Valon sur son éperon.
  • En amont : le belvédère du barrage de Sarrans et la presqu'île de Laussac.
  • En aval : Entraygues, où la Truyère retrouve le Lot.

Une boucle à pied depuis Valon

La boucle balisée « Le château de Valon » (12,7 km, environ 4 heures, un peu plus de 500 mètres de montée) part du parking bas du village. On descend par la D97 jusqu'au belvédère, puis on suit une petite route goudronnée à flanc, au-dessus de la vallée, en passant près d'anciennes fermes. Un chemin raide remonte ensuite dans les bois jusqu'au Fraysse et sa table d'orientation, avant de revenir à Valon par des chemins bordés de murets. Une variante courte, par Le Prat, ramène au village en 1 h 15 environ. Pour une sortie plus brève, le sentier découverte des Coultades fait 1,3 km, mais avec 90 mètres de dénivelé dans les terrasses.

Notre conseil

Emportez des jumelles. Les matins d'automne, la brume reste souvent au fond des gorges alors que Valon est déjà au soleil : levez-vous tôt au moins une fois. Et ne vous baignez pas dans les retenues hors des sites prévus pour ça, le niveau de l'eau peut changer vite.